Virgile Rendt

[Film] Ton nom en plein cœur (2020)

Publié le 31 mar 2022 à 20:27

La libération homosexuelle est récente et la plupart des gays d’un certain âge ont connu une adolescence que l’on pourrait qualifier de compliquée, entre amours contrariées et homophobie intériorisée. Il en résulte aujourd’hui, chez ceux qui sont entretemps devenus réalisateurs ou écrivains, un fort besoin de raconter et chez les autres, une forte demande de films ou de bouquins explicites sur le sujet. Et c’est tant mieux !

Le revers de la médaille, c’est que ça ne donne pas forcément un chef-d’œuvre à chaque fois. Raconter son histoire, c’est tentant, mais la vraie vie possède rarement une construction dramatique élaborée. Du coup, ça donne des films un peu plats, où les scènes se succèdent sans qu’il y ait vraiment de tension, d’enjeu, de rebondissement, de multiplicité des arcs narratifs, bref, tous ces petits trucs qui rendent une intrigue passionnante. Et puis surtout, ça donne des films tous identiques, avec en gros deux grands schémas classiques : ceux où le héros tombe amoureux d’un mec, mais c’est compliqué parce que l’autre mec est hétéro ; et ceux où le héros tombe amoureux d’un mec, mais c’est compliqué parce que l’autre mec est homo lui aussi mais il ne s’accepte pas. Variante : les deux tombent amoureux et s’acceptent bien, mais le père / l’oncle / l’entraîneur de foot / la grosse brute du lycée décide de leur pourrir la vie.

Ce joli film taïwanais n’échappe pas à la règle, avec son histoire d’amour impossible entre deux lycéens d’un pensionnat catholique de Taiwan à la fin des années quatre-vingt. On retrouve tous les ingrédients habituels depuis le Beautiful Thing de 1996, aussi bien dans le déroulement de l’histoire que dans la psychologie des personnages. Mais même si c’est du déjà vu (en tout cas chez nous, je pense que ce genre de film reste original à Taïwan et il a d’ailleurs battu les records au box office là-bas) l’ensemble reste très plaisant à regarder. Il y a une jolie photo, des acteurs attachants, des scènes contemplatives à l’esthétique typiquement asiatique, des références inattendues au Birdy d’Alan Parker, et même quelques moments de grâce : la très longue scène sous la douche, notamment, à la tension et à la sensualité magnifique. Et la scène à la plage, aussi. Et dans le dortoir. Bon, en fait, toutes les scènes où ils sont à poil. À croire qu’un réalisateur gay possède un talent particulier pour filmer les garçons nus… Il faut aussi mentionner la musique, tantôt brass band, tantôt variétoche chinoise, tantôt espèce d’élégie pour violoncelle seul, qui décuple la puissance des scènes importantes du film.

Seul reproche : la fin, où les personnages se retrouvent de nos jours et se racontent comment ils ont vécu leur histoire d’amour adolescente trente ans plus tôt. Je comprends l’intention, il s’agit de montrer qu’aujourd’hui il est possible de parler ouvertement de ces choses-là alors que les personnages de 1987 ne le pouvaient pas, mais en fait c’est juste long et maladroit… Justement parce que le film est bien écrit, on avait déjà tout compris à travers les non-dits des adolescents. Revenir laborieusement dessus à la fin, alors que toute la tension dramatique est retombée, ne laisse rien d’autre qu’une impression de fin gâchée.

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