Virgile Rendt

Tentative de classification

Publié le 19 mar 2022 à 17:33

Je me demande parfois comment classer ce que j’écris, par exemple pour savoir comment et vers qui communiquer, ou bien quand un librairie aux Mots à la Bouche me demande ce que c’est pour savoir dans quel rayon le proposer. Et à chaque fois je bafouille et je ne sais pas répondre.

Je ne pense pas que ce soit pornographique. La pornographie ne vise que l’excitation sexuelle pure, il n’y a pas pas d’histoire, pas de structure narrative, c’est à peine si on s’intéresse aux personnages pour autre chose que leurs performances sexuelles. Umberto Eco disait qu’on reconnaît le porno à l’absence d’ellipse : dans un film normal, si un personnage doit prendre le bus, on le voit monter, on le voit descendre, mais on ne le suit pas pendant tout le voyage parce que ça n’apporterait rien à l’intrigue (et ce serait chiant comme la pluie, aussi) ; dans un film porno en revanche, on suit le personnage sur toute la durée du voyage en bus, et la raison en est que contrairement à ce qui se passe dans un film classique, ce genre de scène a une fonction, en l’occurrence autoriser un temps de récupération entre deux scènes de cul. De plus, je doute que mes histoires déclenchent plus qu’une vague demi-molle chez le lecteur, mais après tout c’est subjectif, je me trompe peut-être.

Ça pourrait davantage se classer dans l’érotisme et c’est d’ailleurs ce que j’ai prétendu pendant longtemps. Ça parle de sexe mais il y a une histoire, avec un « enjeu » qui fait qu’on a envie de savoir la fin, et une prétention à une certaine qualité littéraire. Mais plusieurs personnes m’ont dit avoir été déçues, s’attendant à quelque chose de plus sexuel et de moins cérébral. Et ça ne m’étonne pas : j’ai l’impression que la littérature érotique vise tout autant que la pornographie à susciter l’excitation sexuelle chez le lecteur, elle le fait simplement (pour des raisons de respectabilité je suppose) par des moyens moins directs, plus élégants, censément plus esthétiques. Mais là encore, c’est très subjectif. L’érotisme des uns est la pornographie des autres et inversement.

Au final, je crois que ce que je fais, c’est raconter des histoires « normales » de personnages « normaux » (quoique tous gays, parce que bon, je crois qu’on a largement assez lu d’histoires de personnages hétéros, hein) mais à la différence d’une littérature plus conventionnelle, je ne fais pas l’ellipse des scènes de cul et du vocabulaire qui s’y rapporte. Rien de révolutionnaire, c’est la touche distinctive de Bukowski ou Despentes, pour ne parler que des auteurs et autrices que je connais. Et le fait que ça parle beaucoup de sexe est une simple conséquence du fait que les personnages sont gays.

Je vais continuer à classer ça dans la littérature LGBT, ça sera plus simple. Même si ça ne répond pas à la question du libraire.